REPONSES A VOS QUESTIONS

 

Francis TESTE : Architecte Paysagiste réputé, répond à nos questions.

 

Les platanes sont-ils en général malades, ce qui nécessite leur abattage ?

A part quelques arbres – entre 3 et 5 – les platanes des 3 places ne sont pas malades, il y a quelques champignons qui ne compromettent pas leur stabilité. … Il faut savoir lire un arbre et j’ai plus confiance dans l’observation visuelle, avant de m’engager dans des mesures sophistiquées.

Comment effectuer des travaux de requalification sans mettre en péril la vie des arbres ?

C’est pour cela qu’il est essentiel, au cours du chantier et par la suite, de tout mettre en œuvre pour protéger les arbres existant, car ceux-ci seront agressés au niveau de leurs racines, voire même de leur tronc, lors des terrassements, et se retrouveront dans un sol asséché par la pose des nouveaux réseaux et les drains qui vont avec.

De plus, ces arbres seront affaiblis, dans le cas d’une couverture totale, rigidifiée par une semelle imperméable, de grande épaisseur, par l’imper-méabilité du revêtement qui sera mis en place.

Pour ce faire, il est impératif de s’assurer que des mesures seront prises en amont et tout au long du chantier, pour faire en sorte que les platanes encore en place ne dépérissent pas et ne meurent pas à court terme ou ne puissent être remplacés avec succès.

Ces mesures doivent être les suivantes :

  • Tailler les arbres avant les travaux afin de réduire l’évapotranspiration et les besoins en eau
  • Éloigner les réseaux au maximum et à plus de 4 m des alignements des arbres,
  • Éviter la traversée des alignements d’arbres par les réseaux
  • Protéger les troncs contre les agressions des engins de terrassement
  • Couper franchement et non pas dilacérer les racines condamnées
  • Ne pas tasser le sol dans la partie non terrassée
  • Arroser les arbres une fois par semaine, le samedi, lors de la mise en veille du chantier, travail devant être réalisé contractuellement par une entreprise indépendante et autonome
  • Poser un remblai en sous couche du dallage avec un mélange de ballast 60/80 et de terre végétale sur une largeur de 4 à 10 m autour de l’arbre et sur une profondeur 0,5 à 1,0 m
  • Éviter des fondations en béton sous dallage dépassant 12 à 15 cm dans ce périmètre, autour de l’arbre
  • Créer 1 puits rempli du mélange ballast 60/80 + terre végétale, sur une profondeur de 3 à 4m, à proximité de chaque arbre, afin de lui permettre de tirer ses racines vers les aquifères profonds
  • Préférer les pavés aux dalles et les poser sur sable de préférence, afin de permettre les infiltrations d’eau dans le sol

 

 

Ainsi, il est souhaitable, avant le début de tous travaux, de vérifier le plan de coordination des réseaux, en s’assurant de la création d’un couloir dédié, et vérifier auprès des entreprises que ces mesures seront bien prises et que, tout au long du chantier, avec les techniciens opérationnels, ces mesures soient bien mises en œuvre.

Dans ce cas, les arbres anciens pourront encore vivre longtemps.

 

N’est-il pas nécessaire de programmer un renouvellement des arbres   anciens

pour la génération future ?

La réponse doit être nuancée : les vieux arbres sont difficilement remplaçables, car les nouvelles conditions climatiques et de sol (étanchéifications des surfaces, drainages en profondeur par les ouvrages publics :

réseaux de pluviaux, tout à l’égout, réseaux divers et parkings souterrains qui ont rabattu la nappe phréatique d’Aix…) ont asséché les sols. Il en ressort que seuls les arbres anciens, dont les racines ont plongé en profondeur, sont encore capables d’atteindre la nappe phréatique.

De plus, il faut au moins 2 générations pour reconstituer une voûte végétale.

En revanche, le remplacement de certains arbres malades ou vieillissants, est inéluctable et celui-ci ne peut se faire au coup par coup : il faut une stratégie, veillant à faire en sorte que le remplacement se fasse progressivement, pas à pas, afin que l’espace public ne soit pas brutalement livré au soleil, sans protection, au risque de le voir déserté par les chalands, à l’image de ce qui s’est passé à Avignon.

Car, ne l’oublions pas, il fait très chaud à Aix, l ‘été…

Si la totalité des arbres existant venait à être coupés et remplacés par de jeunes arbres, on perdrait 80

% de l’ombrage actuel et la recomposition d’un ombrage identique à celui d’aujourd’hui serait illusoire, même après plusieurs dizaines d’années, en raison de la dégradation du milieu (imperméabilisation, drainage, pollution et accidents) et de la lenteur de croissance des arbres de remplacement.

Il devient donc impératif de bien gérer la replantation en fonction de la viabilité des arbres existant. Pour le bien-vivre en ville (surtout dans le sud de la France), une bonne gestion de l’ombrage s’impose.