DU BON USAGE DES ARBRES ,
un plaidoyer à l’attention des élus et des énarquescomposition4

Par Francis Hallé,

Botaniste et biologiste, Francis Hallé est spécialiste des arbres et des forêts tropicales. Il a été professeur aux universités d’Orsay (1960), de Brazzaville (1968),

EXTRAITS :

On reproche aux arbres

  • D’obstruer les caniveaux avec leurs feuilles mortes,
  • De faire de l’ombre aux étages inférieurs des immeubles,
  • De nuire aux lignes électriques et aux caténaires,
  • D’emplir l’air de pollen allergène, d’héberger une faune nuisible,
  • De soulever les trottoirs et percer les murs avec leurs racines,
  • D’endommager les toitures avec leurs branches mortes,

Et pire que tout

  • De tomber sur les piétons et les voitures à la moindre rafale !

Dans le même temps

  • On les plante trop près des façades,
  • On les soumet à des tailles extraordinairement brutales,
  • On les contraint à se suffire de pauvres sols de gravats encombrés de canalisations, d’anciennes fondations et de câbles souterrains
  • On les prive d’eau en les enrobant d’une couche d’asphalte imperméable,
  • On les asperge de sel en hiver
  • Et on les environne en permanence, eux qui ne peuvent s’enfuir, de gaz d’échappement toxiques.

Or, il est opportun de rappeler que les arbres, outre leurs qualités esthétiques, peuvent nous être utiles dans bien des domaines :

  • Par leur ombre, ils rafraichissent l’ambiance estivale de nos cités,
  • Ils purifient l’air en agissant comme un véritable accumulateur de polluants atmosphériques,

Et comme l’absorption des gaz et la fixation des poussières augmente avec la surface du feuillage, et donc avec l’âge, l’importance des grands et vieux arbres est décisive.

L’argument selon lequel « pour un vieil arbre abattu, dix jeunes arbres seront plantés » constitue une triple arnaque.

  • Arnaque culturelle et sociale d’abord
    Parce que la valeur patrimoniale disparaît avec le grand arbre
  • Arnaque financière ensuite
    par, ce que la plantation des dix jeunes arbres, outre leur achat, nécessitera de creuser des fosses, couvrir de mulch, poser des structures de protection et prévoir un arrosage estival, alors que le vieil arbre ne coûte presque plus rien pour son entretien,
  • Arnaque écologique surtout
    car un quart de siècle au moins seront nécessaires avant que la dépollution atmosphérique des dix jeunes arbres ne retrouve le niveau initial du grand arbre abattu.

Le problème n’est pas de sauver coûte que coûte un bel arbre menaçant mais de faire en sorte qu’il ne devienne pas ce danger public que, vous nos élus, craignez à juste titre.

3 pistes d’action :

  1. Laisser à l’arbre la place dont il a besoin
    Pour cela, il faut déterminer à l’avance le volume aérien et souterrain dont il aura besoin une fois adulte, puis 10, 30 ou 60 ans plus tard quand il aura atteint son plein développement, car toutes les racines sont nécessaires à la bonne santé de l’arbre.
    Le jeune arbre doit être planté dans un trou suffisant (6 m3 si la terre est fertile, 12m3 si elle est mauvaise), équipé d’un système d’arrosage automatique et recouvert de graviers ou de brf(bois raméal fragmenté) et non d’un asphalte imperméable.
    Une taille de formation doit être pratiquée seulement sur de jeunes arbres, pour leur donner une hauteur de tronc nu suffisante afin de permettre la circulation des véhicules et des personnes.
    L’élagage, surtout aussi brutal qu’on le voit trop souvent, devrait être proscrit sur l’arbre adulte  qui, cicatrisant plus difficilement, s’en trouve fragilisé.
  2. Laisser à l’arbre le temps qui lui est nécessaire
    Lorsqu’on plante un arbre, il faut le choisir jeune, car le « gros sujet », qui a séjourné longtemps dans un conteneur trop petit, n’a que des racines courtes et déformées qui ne reprendront jamais leurs dimensions normales, risquant de s’effondrer au premier coup de vent.
    Seul le jeune arbre va pouvoir développer de longues racines adaptées à la direction des vents dominants ; ce système racinaire de qualité garantit sa solidité.
  1. Comprendre et respecter le mode de vie de l’arbre.
    On ne sait pas si l’arbre blessé souffre. Mais ce qui est sûr, c’est qu’une blessure lui fait du mal. Or, la dimension des blessures joue une rôle dans sa survie.
    C’est pourquoi les tailles de formation ne doivent concerner que les jeunes arbres sur lesquelles l’élagage des branches ne laissent que de petites blessures vite cicatrisées.
    Sur un arbre à plein développement au contraire, l’ablation d’une branche laissera une blessure de grand diamètre dont la cicatrisation demandera des années et sur laquelle vont proliférer les bactéries et les champignons se nourrissant du bois.

Il en est de même pour les racines que l’on coupe, les exposant aux microorganismes pathogènes présents en abondance dans le sol.

Or 80% des maladies des arbres en ville sont dues à des tailles brutales !

 Elaguer sévèrement les arbres en ville dans le but d’améliorer la sécurité, voilà un vrai malentendu : ce sont précisément les élagages brutaux qui les rendent dangereux !

Si des branches mortes apparaissent, ce qui est un phénomène normal dans la vie d’un arbre, il convient de les élaguer sans blesser la partie vivante des arbres.

 

DU BON USAGE DES ARBRES

DIX COMMANDEMENTS POUR LES ARBRES

 

RESPECT . Les arbres sont des êtres vivants, aussi vivants que vous ou moi. Mieux : ils sont nos protecteurs. Accordez-leur le respect auquel  ils ont  droit en tant qu’êtres vivants et ne les traitez jamai s par le mépris, comme s’ils  n’étaient  que du  mobilier urbain.

ANTICIPATION . Avant de planifier un édifice ou un quartier neuf, faites appel à un urbaniste qui saura placer d’abord les espaces verts et les  lignes d’arbres  : le bâti. viendra  seulement  par la suite.

COMPÉTENCE . Sachez vous entourer des meilleures compétences pour le choix des essences , la plantation, les tailles de format ion, l’élagage  du bois mort et les diagnostics  de sécur ité.

PRÉVOYANCE . Prévoyez, pour chaque arbre planté, un volume suffisant pour sa couronne et ses racines lorsqu’il sera devenu adulte : cela rend les tailles inutiles. N’oubliez jamais  qu’un arbre non ta illé n’est pas dangereux .

MODESTIE . Ne plantez jamais de « gros sujets » destinés à faire impres­  sion : c’est à la fois une perte de temps et un gaspillage financier. La  « frime » et les arbres ne vont pas  ensemble.

HONNÊTETÉ . Ne croyez pas – et ne tentez pas de faire croire – que dix jeunes arbres vont remplacer un grand et vieil arbre abattu : c’est une contrevérité sociale, écologique et financ ière.

NON-VIOLENCE . Ne taillez ni les branches ni les racines d’un arbre, sauf obligation absolue. Ce n’est pas esthétique et cela  rend l’arbre  dangereux.

CIVISME . Soyez intraitables avec les comportements laxistes et inciviques vis-à-vis des arbres en ville : chocs, mutilations , etc. Ils supportent très mal toute  forme d’agression.

PROTECTION . N’oubliez ja mais qu’abattre les arbres le long des axes routiers n’est en aucun cas une réponse adaptée aux problèmes de la sécurité routière.

GRATITUDE . Aimer les arbres, c’est une autre façon d’aimer l’homme. Aimez vos arbres et vous aurez la satisfaction de constater que vos conc i­ toyens vous en témoigneront  de la  gratitude.